Pourquoi cet intitulé “Entre Sombra et luz”?

GISELLE GOLDONI TISO:

Pourquoi cet intitulé “Entre Sombra et luz”?

BOSSAMAG:

L’idée m’est venue là en écoutant Emílio Santiago évoquer ce thème dans un chanson de Rosa Passos et Santiago Auseron .

Mais Cela aurait pu tout aussi bien s’appeler «Schiaroscuro» , en anglais «light dark» ou « clair-obscur» en français.

 Le « clair-obscur », dans l’art, c’est l’utilisation de très forts contrastes entre la Lumière et la nuit, c’est aussi une technique utilisée au cinéma avec l’utilisation de contrastes de lumière afin de donner une idée de profondeur.

Dans notre projet, le contraste sera important Entre le Marcos Valle compositeur interprète sous la lumière des projecteurs dans le monde entier, et le Marcos Valle grand pianiste de jazz.

GISELLE GOLDONI TISO:

Avec “Entre sombra e luz ” vous essayez d’amener Marcos Valle á un Jazz très pur très fin ? 

Qu’est-ce qui vous a donné cette idée de vous lancer dans ce format assez inédit, d’expérimenter pour lui une formule historique, piano, violoncelle percussion ?

BOSSAMAG:

Ce sont les circonstances qui m’ont conduit à cette configuration orchestrale particulière.

L’idée a surgit il y a quelques années alors que je vivais à Rio, et après avoir assisté à plusieurs épisodes du projet “Inusitado ” de André Midani . Comme lui l’avait fait, notre objectif est de tirer les artistes de leur zone de confort, de leur donner la liberté d’exprimer un coté un peu caché, un peu plus intimiste de leur talent.

Dernièrement, dans le cadre de mes projets liés à Henri Salvador et d’une  interview pour la télévision française,  j’avais demandé à Marcos de me jouer sur le piano acoustique de son salon, une musique de Henri qui avait influencé son travail artistique à l’aube de son adolescence.  De tête, 60 ans après, sans une seconde d’hésitation il a interprété pour moi cette valse d’une manière tant précise et délicate que j’en ressorti ému aux larmes.

GISELLE GOLDONI TISO:

Pourquoi alors avoir choisi Jaques Morelenbaum, Joyce Moreno pour l’accompagner?

Giselle Goldoni, produtora executiva, com Milton Nascimento

BOSSAMAG:

Comme pour Marcos, mes rencontres avec Joyce et Jaques m’ont fait comprendre que ces 3 artistes avaient au moins un point en commun, ils connaissent tous le secret de chopin.

GISELLE GOLDONI TISO:

Le secret de chopin, de quoi s’agit-il ?

BOSSAMAG:

Admettez que Marcos, Jaques e Joyce font cette carrière exceptionnelle car ils se montrent des musiciens entiers, qui soignent autant le timbre que la mélodie, l’harmonie, les accords et tant d’autres choses supérieures à la virtuosité simple.

Pour comprendre le secret de Chopin tel qu’il est décrit dans le roman du français Eric Emmanuel Schmitt «Madame Pylinska et le secret de Chopin», il faut être capable de cueillir délicatement les fleurs sans faire tomber la rosée du matin, il faut savoir écouter le silence …

En bref pratiquer l’émerveillement, la délicatesse, l’étonnement, créer tout simplement de ses doigts l’émotion, en opposition avec une virtuosité parfois sans âme.

GISELLE GOLDONI TISO:

Un pianiste un violoncelliste un percussionniste et une chanteuse, C’est une formule un peu funambulesque qu’il n’est pas nécessairement facile à faire sonner, et en particulier dans le contexte actuel du Brésil ?

BOSSAMAG:

Peut-être, mais J’ai senti que le moment était arrivé d ‘imaginer maintenant ce projet avec des artistes que j’apprécie énormément.

J’ai eu simplement envie de les mettre en valeur d’une manière originale; alors j’ai imaginé cette formule.

C’est vrai qu’elle est très exigeante mais j’aime beaucoup ce genre de mariage, car je veux à tout prix éviter que cela ressemble à une pâle copie de ce qu’ils auraient déjà pu faire mille fois dans leur carrière.

Mon désir est de l’ entendre interpréter sous une forme nouvelle son propre répertoire, mais aussi de le voir interpréter avec la  voix si délicate de Joyce, de grands standards de Jazz aux mélodies particulièrement attrayantes,  ainsi que quelques morceaux moins connus mais qui me sont très chers;  des musiques qui marquèrent les années 50 et 60, parmi lesquelles «Cherchez la rose» que Henri Salvador offrit après-guerre à la grande Marlène Dietrich, ou encore «L’étang» de Paul Misraki interprété jadis par Blossom Dearie.

Et puis il y aura d’autres surprises .

EMMANUEL DE RYCKEL